Dirham digital au Maroc : Bank Al-Maghrib franchit une étape décisive, mais le lancement reste incertain
Le projet de dirham digital progresse au Maroc. Une première expérimentation technologique menée par Bank Al-Maghrib, avec l’appui du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, a confirmé la faisabilité d’une monnaie numérique de banque centrale destinée au grand public.
Cette avancée est présentée dans un document de recherche publié le 9 octobre 2026 par trois chercheurs de la banque centrale marocaine. Elle ouvre de nouvelles perspectives pour les paiements électroniques, l’inclusion financière et les transferts internationaux.
Toutefois, le dirham digital n’est pas encore disponible et aucune date officielle de lancement n’a été annoncée. Les travaux démontrent une possibilité technique, sans constituer une décision de mise en circulation.
À retenir :
- Un prototype de dirham digital a été expérimenté avec l’appui du FMI et de la Banque mondiale.
- Bank Al-Maghrib assurerait l’émission, tandis que les banques et établissements de paiement pourraient gérer sa distribution.
- Cette monnaie numérique serait complémentaire aux espèces et aux moyens de paiement actuels.
- Les transferts internationaux, notamment ceux des MRE, constituent un autre domaine d’expérimentation.
- La cybersécurité, la protection des données et la stabilité bancaire restent des conditions essentielles avant tout lancement.
Bank Al-Maghrib teste avec succès un premier prototype de dirham digital
La réflexion sur la monnaie numérique marocaine entre dans une phase plus concrète.
Dans leur étude intitulée Monnaie Digitale de Banque Centrale : Enjeux et enseignements pour le Maroc, Chaymae Chaoui, Kamal Lahlou et Mohammed Mikou présentent les résultats de plusieurs travaux consacrés à une éventuelle monnaie digitale.
Le document décrit notamment une preuve de concept, ou Proof of Concept (PoC), destinée à vérifier si un système de dirham digital pouvait fonctionner techniquement.
Les expérimentations ont porté sur l’émission de monnaie numérique, sa distribution, sa conservation dans des portefeuilles électroniques et la réalisation de paiements entre utilisateurs.
Deux approches technologiques ont été étudiées : une architecture centralisée et une solution fondée sur un registre distribué.
Les résultats rapportés sont favorables à la faisabilité technique d’une monnaie digitale de détail au Maroc.
Il convient cependant de distinguer ces conclusions de recherche d’une décision institutionnelle. Les opinions exprimées par les auteurs n’engagent pas nécessairement la position officielle de Bank Al-Maghrib.
Le passage d’un prototype à un système national nécessiterait encore des validations supplémentaires.
Comment fonctionnerait le dirham digital pour les Marocains ?
Contrairement au Bitcoin et aux autres cryptomonnaies privées, le dirham digital serait une monnaie officielle émise par Bank Al-Maghrib.
Il représenterait une nouvelle forme du dirham, accessible sous format électronique, avec une valeur équivalente à celle de la monnaie nationale.
Dans le modèle étudié, la banque centrale conserverait la responsabilité de l’émission monétaire.
Les banques commerciales et les établissements de paiement assureraient la distribution de cette monnaie et les services proposés aux utilisateurs.
Concrètement, un particulier pourrait, si le dispositif était adopté, détenir des dirhams digitaux dans un portefeuille numérique et effectuer des paiements auprès des commerçants ou d’autres personnes.
Cette monnaie se distinguerait d’un simple solde bancaire électronique, car elle constituerait une créance directe sur la banque centrale.
La Banque des règlements internationaux souligne cette différence entre une monnaie digitale de banque centrale et les systèmes classiques de paiement instantané.
Les chercheurs marocains envisagent notamment une monnaie non rémunérée, soumise à des plafonds de détention et intégralement convertible en dirhams.
Ces caractéristiques restent toutefois des orientations étudiées, et non des règles déjà adoptées.
Paiements et inclusion financière : les avantages possibles pour l’économie marocaine
Le développement du dirham digital pourrait répondre à plusieurs difficultés rencontrées par les utilisateurs des services financiers.
Au Maroc, les espèces occupent toujours une place importante dans les transactions quotidiennes.
Selon les données reprises dans l’étude, la circulation fiduciaire dépassait 500 milliards de dirhams en 2025.
Parallèlement, le taux de détention de comptes bancaires parmi les adultes résidents atteignait 62 % à fin 2025, ce qui laisse une partie importante de la population en dehors du système bancaire traditionnel.
Une monnaie numérique accessible à faible coût pourrait faciliter certains paiements, particulièrement pour les ménages et les petites entreprises.
Son intérêt serait notamment renforcé si elle permettait des transactions simples et sécurisées, y compris dans les territoires où les services bancaires sont moins présents.
Les données de la Banque mondiale sur l’inclusion financière au Maroc montrent l’importance des obstacles économiques et numériques à l’accès aux services financiers.
Toutefois, le dirham digital ne supprimerait pas automatiquement ces difficultés.
Son adoption dépendrait du coût d’utilisation, de l’accès aux équipements, de la confiance des consommateurs et de son acceptation par les commerçants.
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Quels risques pour les banques et les dépôts des épargnants ?
Le projet soulève également des interrogations concernant la stabilité du secteur bancaire.
Si les particuliers transféraient massivement leurs dépôts vers des portefeuilles de dirhams digitaux, les banques pourraient perdre une partie des ressources utilisées pour financer leurs activités de crédit.
Les chercheurs de Bank Al-Maghrib ont étudié différents scénarios afin d’anticiper ces conséquences.
Leurs simulations suggèrent que les établissements marocains pourraient absorber une adoption modérée, particulièrement si la monnaie digitale remplaçait principalement une partie des espèces.
En revanche, une migration importante des dépôts bancaires serait potentiellement plus problématique.
Cette préoccupation rejoint les conclusions d’une étude de la Banque des règlements internationaux publiée en juillet 2025, qui analyse les risques de déplacement des dépôts vers les monnaies digitales de banque centrale.
Les plafonds de détention constituent l’une des solutions envisagées pour limiter ces effets.
La protection des informations personnelles représente un deuxième enjeu majeur.
Une future infrastructure devra protéger les utilisateurs contre la fraude, les cyberattaques et les accès non autorisés aux données de paiement.
Enfin, le cadre juridique devra préciser les responsabilités des institutions financières et les droits des utilisateurs.
Transferts des MRE et lancement : quelles sont les prochaines étapes ?
Le dirham digital pourrait également ouvrir de nouvelles possibilités pour les paiements internationaux.
Bank Al-Maghrib mène un autre projet expérimental avec la Banque centrale d’Égypte, avec l’appui de la Banque mondiale.
Ces travaux visent à explorer les conditions techniques permettant d’effectuer des transferts entre systèmes monétaires numériques.
Pour le Maroc, cet enjeu concerne notamment les Marocains résidant à l’étranger, dont les transferts constituent une ressource importante pour l’économie nationale.
Une meilleure interopérabilité entre infrastructures pourrait, à terme, réduire certains coûts et délais de transfert.
Il ne s’agit cependant pas d’un avantage déjà démontré pour les transferts des MRE. Les économies potentielles dépendront des résultats des expérimentations et des dispositifs effectivement retenus.
Avant toute mise en circulation, plusieurs étapes resteraient nécessaires : validation des infrastructures, adaptation du cadre réglementaire, renforcement des mécanismes de sécurité et évaluation des conséquences sur le système bancaire.
À ce stade, aucune décision officielle d’émission ni aucun calendrier de déploiement n’ont été annoncés.
Les expérimentations montrent néanmoins que le Maroc dispose de pistes techniques pour développer sa propre monnaie digitale.
Le véritable défi sera désormais de déterminer si ce nouvel instrument peut apporter des avantages concrets aux citoyens et aux entreprises, sans fragiliser les mécanismes existants de paiement et de financement.
FAQ
1. Le dirham digital est-il déjà disponible au Maroc ?
Non. Au 9 octobre 2026, le dirham digital reste un projet en phase d’étude et d’expérimentation. Aucune date officielle de lancement n’a été annoncée.
2. Quelle différence entre le dirham digital et le Bitcoin ?
Le dirham digital serait une monnaie officielle émise par Bank Al-Maghrib, à valeur égale au dirham. Le Bitcoin est un crypto-actif décentralisé dont le cours fluctue.
3. Le dirham digital va-t-il remplacer les billets de banque ?
Les chercheurs privilégient une utilisation complémentaire aux espèces et aux moyens de paiement existants. Aucun remplacement obligatoire des billets n’est annoncé.
Sources officielles et fiables
- Bank Al-Maghrib – Monnaie Digitale de Banque Centrale : Enjeux et enseignements pour le Maroc (PDF, octobre 2026) — Document de recherche de Chaymae Chaoui, Kamal Lahlou et Mohammed Mikou sur les expérimentations et les risques d’une monnaie numérique marocaine.
- Banque des règlements internationaux – Central Bank Digital Currencies and Fast Payment Systems: Rivals or Partners? — Recherche publiée en décembre 2024 sur les différences entre monnaie numérique de banque centrale et systèmes de paiement instantané.
- Banque des règlements internationaux – CBDC and Banks: Disintermediating Fast and Slow — Étude de juillet 2025 consacrée aux risques pour les dépôts bancaires et la stabilité financière.
- Banque mondiale – Global Findex Database 2025 : données sur le Maroc — Enquête de référence sur l’accès des Marocains aux comptes et aux services financiers numériques.