Pouvoir d’achat : les consommateurs marocains placent dix priorités sur la table du futur gouvernement
La protection du pouvoir d’achat revient au premier plan au Maroc. La Fédération nationale des associations de consommateurs a présenté dix priorités destinées au prochain gouvernement, allant de la surveillance des prix à la transparence des carburants, en passant par la concurrence, les services essentiels et la protection des achats numériques.
La démarche intervient dans un contexte politique particulier. Fatima Ezzahra El Mansouri a été nommée Cheffe du gouvernement le 29 septembre 2026 et chargée de former le nouvel exécutif. Au 6 octobre, les consultations politiques se poursuivent encore. Les propositions de la Fédération doivent donc être comprises comme des demandes adressées au futur gouvernement, et non comme des mesures déjà adoptées.
À retenir:
- La Fédération nationale des associations de consommateurs présente dix priorités pour renforcer la protection du pouvoir d’achat.
- Elle réclame notamment un meilleur suivi des prix, davantage de concurrence et une transparence accrue sur le marché des carburants.
- L’organisation souhaite une application plus efficace de la loi n°31-08 relative à la protection du consommateur.
- Le commerce électronique, les plateformes numériques et les publicités trompeuses font également partie des préoccupations.
- L’inflation annuelle globale était négative en août 2026, mais les carburants ont enregistré une forte hausse mensuelle, montrant que la moyenne nationale ne reflète pas toujours la pression ressentie sur certains postes de dépenses.
Surveiller les prix avant que les tensions ne s’installent
La première grande demande concerne le suivi du coût de la vie. La Fédération souhaite passer d’une logique d’intervention après une hausse des prix à un système capable d’identifier plus tôt les tensions sur certains produits ou services.
Elle propose notamment la création d’un Observatoire national des prix et du pouvoir d’achat, chargé de suivre les biens et services essentiels, d’étudier les différences entre régions et d’analyser la formation des prix depuis la production jusqu’au consommateur final.
L’objectif serait aussi d’évaluer les différentes mesures publiques de soutien aux ménages afin de vérifier si elles atteignent réellement les populations ciblées.
Ce point est important car un indicateur national d’inflation peut masquer de fortes différences entre catégories de dépenses. En août 2026, l’indice des prix à la consommation a augmenté de 0,8 % sur un mois, avec notamment une hausse de 9,8 % des carburants. En revanche, comparé à août 2025, l’IPC global reculait de 0,3 %.
Autrement dit, une inflation annuelle faible ou négative ne signifie pas nécessairement que toutes les dépenses quotidiennes deviennent moins coûteuses.
Concurrence, intermédiaires et carburants au centre des préoccupations
La deuxième grande priorité porte sur le fonctionnement des marchés.
Les associations souhaitent davantage de contrôles contre la spéculation, les ententes et les pratiques monopolistiques. Elles réclament également plus de transparence sur les marges pratiquées le long des chaînes de distribution et une réduction des intermédiaires lorsqu’ils augmentent les prix sans apporter de valeur économique clairement identifiable.
Le marché des carburants occupe naturellement une place particulière.
La Fédération demande une meilleure information sur les différentes composantes du prix payé à la pompe : coûts d’achat, importation, stockage, distribution et marges.
Cette préoccupation n’est pas uniquement théorique. Le Conseil de la concurrence a annoncé en mars 2026 le renforcement de son suivi de la transmission des variations des cours internationaux du pétrole vers les prix appliqués au Maroc. L’institution rappelle que, dans un marché concurrentiel, les variations internationales doivent être répercutées de manière proportionnée et dans des délais raisonnables, tout en tenant compte des coûts d’approvisionnement et de stockage.
La loi 31-08 existe déjà, mais son application reste un enjeu
Une autre priorité concerne l’application effective du cadre juridique de protection du consommateur.
La loi n°31-08 prévoit déjà plusieurs droits importants : information claire sur les prix et les conditions de vente, protection contre certaines pratiques commerciales, réglementation des clauses abusives et droit de rétractation dans certaines situations.
La Fédération souhaite cependant renforcer les mécanismes de traitement des réclamations, la médiation, le règlement amiable des litiges et les possibilités de réparation en cas de préjudice.
Le ministère de l’Industrie et du Commerce indique disposer d’enquêteurs assermentés dans ses délégations ainsi que d’une cellule chargée du contrôle des sites marchands. Il a également préparé une évolution du cadre légal visant notamment à mieux encadrer les pratiques commerciales déloyales et les plateformes en ligne.
Le débat porte donc moins sur l’absence totale de règles que sur leur modernisation, leur contrôle et leur application concrète.
Santé, banques, télécoms : les services essentiels également visés
La question du pouvoir d’achat ne se limite pas au panier alimentaire.
Les demandes des associations concernent également la santé, les médicaments, l’éducation, les transports, l’eau, l’électricité, les télécommunications, Internet, les banques et les assurances.
Dans tous ces secteurs, la Fédération demande davantage de transparence sur les prix et les contrats, une amélioration de la qualité des services et des mécanismes de recours plus accessibles.
Cette approche est pertinente pour l’analyse du niveau de vie : ce n’est pas seulement le prix des produits alimentaires qui détermine le budget réel d’un ménage, mais l’ensemble des dépenses contraintes.
Pour suivre l’évolution du pouvoir d’achat, de l’inflation, des taux et des finances des ménages au Maroc, les analyses économiques de FinMaroc.com permettent également de replacer ces évolutions dans leur contexte financier.
Le commerce électronique devient un nouveau front de protection
La consommation marocaine se déplace progressivement vers les sites marchands, les applications et les réseaux sociaux. La protection du consommateur doit donc évoluer avec les usages.
La Fédération souhaite renforcer l’encadrement de la publicité numérique, des pratiques commerciales trompeuses, des remboursements, du retour des produits ainsi que de la protection des données personnelles.
La loi actuelle couvre déjà les ventes à distance et certains droits liés aux achats en ligne. Le ministère rappelle également que les sites marchands doivent fournir au consommateur des informations suffisamment claires avant la conclusion d’une vente.
L’enjeu est désormais de rendre ces protections réellement efficaces dans un environnement où un vendeur peut toucher des milliers de consommateurs via une simple publicité sur une plateforme sociale.
Des demandes qui devront encore devenir des politiques publiques
Les dix priorités présentées par les associations dessinent finalement une même logique : plus d’information, plus de concurrence et des recours plus efficaces.
Mais il faut distinguer les propositions des décisions publiques. À ce stade, la création d’un observatoire des prix ou les nouvelles règles demandées sur les carburants constituent des revendications de la Fédération, pas des mesures gouvernementales actées.
Le prochain enjeu sera donc de voir lesquelles de ces demandes seront intégrées au programme du nouvel exécutif.
La question sera d’autant plus suivie que le pouvoir d’achat reste un sujet majeur malgré la modération de l’inflation globale. Les dernières données montrent précisément pourquoi : derrière une moyenne nationale relativement contenue, certains postes comme le transport, les carburants ou les produits alimentaires peuvent connaître des mouvements beaucoup plus importants.
FAQ
Quelles sont les principales priorités des consommateurs au Maroc ?
Elles concernent notamment le contrôle des prix, la concurrence, les carburants, les services essentiels, la sécurité des produits et la protection des achats en ligne.
Que prévoit la loi 31-08 au Maroc ?
La loi protège notamment le droit à l’information, les intérêts économiques du consommateur, certains droits de rétractation et les consommateurs face aux pratiques commerciales abusives.
Les prix augmentent-ils encore au Maroc en 2026 ?
La situation varie selon les produits. En août 2026, l’IPC a augmenté de 0,8 % sur un mois mais reculait de 0,3 % sur un an. Les carburants ont, eux, progressé de 9,8 % sur un mois.
Sources officielles et fiables
Haut-Commissariat au Plan — Indice des prix à la consommation d’août 2026
Consulter les dernières données officielles sur l’IPC
Ministère de l’Industrie et du Commerce — Protection du consommateur et loi n°31-08
Consulter le cadre officiel de protection du consommateur
Conseil de la concurrence — suivi du marché des carburants
Consulter les travaux du Conseil sur les prix du gasoil et de l’essence
Portail officiel du Maroc — nomination de la Cheffe du gouvernement
Consulter le communiqué officiel du 29 septembre 2026
Source éditoriale de départ — Hespress
Pouvoir d’achat : dix priorités des consommateurs au gouvernement