Banques marocaines : les revenus progressent encore, mais la dynamique change
Les banques marocaines cotées ont généré 49,8 milliards de dirhams de produit net bancaire au premier semestre 2026, soit une progression de seulement 1,5 % sur un an. Le secteur continue donc d’avancer, mais beaucoup moins uniformément que ne pourrait le laisser entendre une simple lecture des bénéfices ou des revenus publiés établissement par établissement.
Cette évolution mérite surtout d’être replacée dans son contexte. Le crédit bancaire reste très dynamique, les dépôts continuent d’augmenter et plusieurs banques améliorent leur activité commerciale. Mais les activités de marché, qui avaient fortement soutenu certains résultats en 2025, ont perdu de leur puissance en 2026.
À retenir:
- Les sept banques marocaines cotées ont généré 49,8 MMDH de PNB au S1 2026, en hausse de 1,5 %.
- Attijariwafa bank, Bank of Africa et CIH Bank affichent une progression de leur PNB, tandis que celui de la BCP recule.
- En août 2026, le crédit bancaire au secteur non financier progressait encore de 10,5 % sur un an.
- Les crédits aux entreprises privées augmentent beaucoup plus rapidement que ceux accordés aux ménages.
- Les créances en souffrance restent un point de vigilance, avec un ratio de 8,2 % du crédit bancaire en août.
Une croissance bancaire réelle, mais loin d’être uniforme
Le premier enseignement des comptes semestriels est que parler d’une hausse généralisée des revenus bancaires serait simplificateur.
Le produit net bancaire, ou PNB, peut être considéré comme l’équivalent du chiffre d’affaires d’une banque. Il regroupe notamment la marge réalisée sur les intérêts, les commissions et certaines activités financières. Il ne correspond donc ni au bénéfice net, ni aux seuls frais payés par les clients.
À l’échelle des sept banques cotées, le PNB a progressé de 1,5 % au premier semestre. Cette hausse est relativement limitée par rapport à l’expansion des crédits et des dépôts. Le premier trimestre avait même enregistré une contraction du PNB sectoriel avant un redressement au deuxième trimestre.
La lecture correcte est donc celle d’un secteur bancaire toujours solide commercialement, mais dont les moteurs de revenus sont en train de se rééquilibrer.
Attijariwafa bank progresse, la BCP subit l’effet des activités de marché
Les différences entre établissements sont particulièrement visibles.
Attijariwafa bank a publié un PNB consolidé de 18,4 milliards de dirhams au premier semestre 2026, en progression de 4 %. Son résultat net part du groupe s’est établi à 5,9 milliards de dirhams, en hausse de 1,1 %. Les documents financiers officiels du groupe confirment ainsi une activité commerciale toujours bien orientée.
La situation est différente pour le Groupe Banque Centrale Populaire. Son PNB est revenu de 13,9 milliards de dirhams au premier semestre 2025 à 13,5 milliards de dirhams en 2026, soit un recul de 3,2 %. Cette baisse est notamment liée à une contribution plus faible des activités de marché après une base de comparaison particulièrement élevée en 2025. Dans le même temps, les crédits bruts ont augmenté de 5,7 % et les ressources collectées de 9 %.
Bank of Africa affiche, pour sa part, un PNB consolidé de 10,5 milliards de dirhams, en hausse de 1,5 %, accompagné d’une progression des crédits et des dépôts. CIH Bank atteint 2,82 milliards de dirhams, soit une hausse de 2,8 %.
Ces chiffres montrent pourquoi il est préférable de parler d’une croissance sectorielle modérée plutôt que d’une hausse uniforme des revenus bancaires.
Le crédit aux entreprises devient l’un des principaux moteurs
Les données les plus récentes de Bank Al-Maghrib renforcent cette lecture.
En août 2026, le crédit bancaire destiné au secteur non financier progressait de 10,5 % sur un an. Les concours aux sociétés non financières privées accéléraient à 11,7 %, tandis que les prêts aux ménages augmentaient beaucoup plus lentement, de l’ordre de 3,4 %.
Cette différence est importante.
Elle montre que la progression de l’activité bancaire ne repose pas uniquement sur le crédit à la consommation ou l’endettement des particuliers. Le financement des entreprises, les besoins de trésorerie et surtout les crédits à l’équipement jouent désormais un rôle majeur.
Les crédits à l’équipement affichaient encore une croissance annuelle de 25,5 % en août 2026, selon les données communiquées par Bank Al-Maghrib.
Pour suivre plus largement l’évolution du crédit, de l’épargne et des placements au Maroc, les dossiers de FinMaroc.com permettent de replacer ces indicateurs bancaires dans leur contexte économique.
Hausse des revenus bancaires ne signifie pas baisse automatique du pouvoir d’achat
C’est également ici qu’une nuance s’impose par rapport à l’angle initial autour de l’érosion du pouvoir d’achat.
Le fait que les banques augmentent leur PNB alors que certains ménages ressentent des tensions budgétaires ne signifie pas que les deux phénomènes entretiennent nécessairement une relation directe.
Les banques tirent leurs revenus de nombreuses sources : crédits aux entreprises, financements immobiliers, commissions, activités internationales, placements, services financiers et activités de marché.
Les données d’août montrent même que les prêts aux ménages progressent nettement moins rapidement que ceux destinés aux entreprises privées.
Parallèlement, les dépôts bancaires atteignaient 1.431,9 milliards de dirhams à fin août 2026, en hausse annuelle de 10 %. Les dépôts des ménages s’établissaient à 1.037,2 milliards de dirhams et ceux des entreprises privées à 258,1 milliards.
Ces statistiques ne décrivent évidemment pas la situation financière de chaque ménage, mais elles empêchent de réduire la hausse des revenus bancaires à une simple pression exercée sur les particuliers.
Le risque de crédit reste sous surveillance
La croissance du crédit comporte néanmoins une contrepartie : la qualité des portefeuilles doit rester sous surveillance.
En août, les créances en souffrance ont progressé de 3,7 % en glissement annuel. Leur ratio par rapport à l’ensemble du crédit bancaire s’est établi à 8,2 %, contre 8,1 % en juillet.
Une créance en souffrance est, simplement, un crédit dont le remboursement présente un retard ou un risque suffisamment important pour nécessiter un traitement spécifique de la banque.
Cela ne signifie pas que le système bancaire marocain soit confronté à une détérioration brutale. Mais dans une période de forte expansion du crédit, l’évolution de ces créances devient aussi importante à surveiller que la croissance des volumes distribués.
Les banques entrent dans une phase de croissance plus exigeante
Le premier semestre 2026 montre finalement un secteur bancaire marocain qui continue de croître, mais dont la rentabilité dépend davantage de la banque commerciale traditionnelle que des performances exceptionnelles des marchés financiers.
Les investissements numériques constituent également un enjeu : ils peuvent améliorer l’expérience client, automatiser certaines opérations et réduire les coûts à long terme, mais ils représentent dans l’immédiat des dépenses supplémentaires susceptibles de peser sur les coefficients d’exploitation. Des analystes ont d’ailleurs identifié la hausse des investissements digitaux comme l’un des facteurs à surveiller pour la rentabilité du secteur en 2026.
Le véritable indicateur à suivre n’est donc plus seulement la hausse du PNB. Il faut désormais regarder simultanément la croissance des crédits, la collecte des dépôts, les marges, le coût du risque et les créances en souffrance.
C’est cette combinaison qui dira si l’expansion actuelle du secteur bancaire marocain peut rester durable.
FAQ:
Pourquoi les revenus des banques marocaines augmentent-ils en 2026 ?
La hausse provient notamment de la progression du crédit, des dépôts, des marges d’intérêts et des commissions. Les performances varient toutefois fortement selon les banques.
Qu’est-ce que le produit net bancaire ?
Le produit net bancaire, ou PNB, mesure les revenus générés par l’activité bancaire après certaines charges financières. Il ne doit pas être confondu avec le bénéfice net.
Le crédit bancaire augmente-t-il au Maroc ?
Oui. Selon les dernières données disponibles de Bank Al-Maghrib, le crédit au secteur non financier progressait de 10,5 % sur un an en août 2026.
Sources officielles et fiables:
Bank Al-Maghrib — statistiques monétaires et calendrier officiel de publication
Consulter les statistiques de Bank Al-Maghrib
Autorité Marocaine du Marché des Capitaux — publications financières des émetteurs
Consulter les communiqués officiels publiés auprès de l’AMMC
Attijariwafa bank — résultats financiers officiels du premier semestre 2026
Consulter les publications financières d’Attijariwafa bank
Médias24 — analyse agrégée des sept banques marocaines cotées au S1 2026
Consulter l’analyse sectorielle des banques cotées
Source éditoriale de départ — Hespress
Les banques continuent d’accroître leurs revenus