Taux directeur au Maroc : pourquoi l’inflation à -0,6 % ne suffit plus pour décider
À première vue, l’équation paraît simple: L’inflation baisse fortement, donc Bank Al-Maghrib pourrait réduire une nouvelle fois son taux directeur.
Sauf que la politique monétaire fonctionne rarement de manière aussi mécanique.
En juillet 2026, l’indice des prix à la consommation au Maroc a reculé de 0,6 % sur un an, tandis que l’inflation sous-jacente s’est également contractée de 0,1 %. Pourtant, à l’approche du prochain Conseil de Bank Al-Maghrib prévu le 22 septembre, le débat ne se limite plus à l’évolution des prix.
Croissance économique solide, tensions sur l’énergie, déficit commercial, crédit bancaire et environnement monétaire international compliquent désormais l’équation.
Autrement dit, une inflation faible est une condition favorable à une politique monétaire plus souple. Mais elle n’est pas, à elle seule, une raison suffisante pour baisser les taux.
À retenir:
- L’inflation marocaine est ressortie à -0,6 % sur un an en juillet 2026.
- Le taux directeur de Bank Al-Maghrib reste actuellement fixé à 2,25 %.
- BAM prévoit une inflation moyenne de 1,5 % en 2026, puis de 2,1 % en 2027.
- La croissance économique devrait rester solide, ce qui réduit l’urgence d’une nouvelle détente monétaire.
- Le déficit commercial et les risques d’inflation importée poussent également à la prudence.
Une inflation négative, mais pour combien de temps ?
Le dernier chiffre publié par le Haut-Commissariat au Plan est spectaculaire.
En juillet 2026, l’indice des prix à la consommation a diminué de 1 % par rapport à juin et de 0,6 % par rapport à juillet 2025.
La baisse annuelle est essentiellement liée aux produits alimentaires, dont les prix ont diminué de 3,7 %, tandis que les produits non alimentaires ont progressé de 1,9 %.
Les carburants ont également enregistré une baisse importante sur le mois.
Cette situation peut donner l’impression que la bataille contre l’inflation est terminée.
Ce serait aller trop vite.
Comme nous l’expliquons dans notre dossier consacré à l’inflation au Maroc, ses causes et son impact sur le pouvoir d’achat, une banque centrale regarde moins le chiffre d’un seul mois que la trajectoire attendue des prix sur plusieurs trimestres.
Bank Al-Maghrib prévoit ainsi une inflation moyenne d’environ 1,5 % en 2026, puis une remontée à 2,1 % en 2027.
La question n’est donc pas simplement de savoir si les prix baissent aujourd’hui.
Il faut déterminer si cette baisse peut durer.
Pourquoi Bank Al-Maghrib ne regarde pas uniquement l’inflation
Le taux directeur est l’un des principaux instruments utilisés par Bank Al-Maghrib pour influencer les conditions monétaires.
Il est actuellement fixé à 2,25 %.
Pour comprendre concrètement son fonctionnement, ses effets sur les banques et sa transmission aux emprunteurs, notre guide sur le taux directeur de Bank Al-Maghrib et son impact sur votre argent revient en détail sur ce mécanisme.
Mais une décision de taux tient compte de plusieurs variables simultanément.
Lors de son Conseil du 23 juin 2026, Bank Al-Maghrib avait précisément justifié son statu quo par trois éléments : une inflation compatible avec la stabilité des prix, une activité économique en consolidation et une forte incertitude internationale.
La Banque centrale prévoyait alors une croissance de 5,2 % en 2026.
C’est important.
Lorsque l’économie progresse déjà à un rythme relativement élevé, l’urgence de stimuler davantage l’activité par une baisse de taux devient moins évidente.
Une nouvelle réduction du taux directeur pourrait soutenir le crédit et l’investissement, mais elle pourrait aussi accentuer certaines pressions si l’économie dispose déjà d’une dynamique importante.
Le déficit commercial ajoute une nouvelle pièce au puzzle
Un autre indicateur attire désormais l’attention : le commerce extérieur.
Selon l’Office des Changes, les importations marocaines ont atteint 544 milliards de dirhams à fin juillet 2026, en progression de 15,9 % sur un an.
Les exportations ont augmenté de 8,4 %, à 299,3 milliards de dirhams.
Conséquence : le déficit commercial s’est creusé de 26,5 %, pour atteindre près de 244,7 milliards de dirhams.
Ce chiffre ne signifie pas automatiquement que Bank Al-Maghrib doit maintenir ses taux.
Mais il fait partie de l’environnement que la Banque centrale doit surveiller.
Une économie davantage dépendante des importations peut être plus exposée aux fluctuations des prix internationaux, notamment pour l’énergie.
Une hausse brutale du pétrole pourrait ainsi rapidement réintroduire de l’inflation importée au Maroc.
C’est précisément pourquoi un faible taux d’inflation domestique aujourd’hui ne garantit pas la même situation six ou douze mois plus tard.
Une baisse du taux directeur ferait-elle vraiment baisser votre crédit ?
C’est probablement la question qui intéresse le plus directement les ménages et les entreprises.
La réponse est : potentiellement, mais pas automatiquement.
Lorsque Bank Al-Maghrib réduit son taux directeur, le coût de refinancement des banques peut diminuer. Cette détente peut ensuite se transmettre aux crédits immobiliers, aux financements des entreprises ou aux prêts à la consommation.
Mais le taux payé par un client dépend également de la durée du prêt, du risque du dossier, du coût de financement de la banque et de sa politique commerciale.
Au deuxième trimestre 2026, le taux débiteur moyen des banques s’établissait autour de 4,81 %, selon les données reprises dans les analyses de marché.
Il existe donc toujours un écart important entre le taux directeur de 2,25 % et le taux réellement facturé aux emprunteurs.
C’est pourquoi une baisse de 25 points de base du taux directeur ne signifie jamais automatiquement une baisse de 0,25 point sur tous les crédits.
Épargne et obligations : les taux bas ont aussi un revers
Les emprunteurs souhaitent généralement des taux plus faibles.
Les épargnants, eux, peuvent voir la situation différemment.
Lorsque les taux diminuent, les rendements proposés sur certains placements bancaires ou obligataires peuvent également se détendre progressivement.
Notre guide sur les comptes à terme et bons de caisse au Maroc explique notamment comment les conditions monétaires influencent indirectement la rémunération de l’épargne bancaire.
La même logique s’applique aux marchés obligataires.
Les investisseurs peuvent consulter notre dossier consacré aux bons du Trésor et obligations au Maroc pour comprendre la relation inverse entre taux d’intérêt et valeur des obligations existantes.
Une décision de Bank Al-Maghrib ne concerne donc pas seulement les mensualités d’un crédit immobilier.
Elle influence progressivement tout l’écosystème financier : crédit, dépôts, obligations, investissement des entreprises et marchés financiers.
22 septembre : statu quo ou nouvelle baisse ?
À ce stade, une chose doit être clairement distinguée.
Fait confirmé : le taux directeur de Bank Al-Maghrib est actuellement de 2,25 %, niveau maintenu lors du Conseil du 23 juin 2026.
Anticipation de marché : plusieurs professionnels interrogés avant la réunion du 22 septembre privilégient un maintien du taux directeur.
Ce scénario n’est toutefois pas encore une décision de Bank Al-Maghrib.
Le prochain Conseil devra analyser les données les plus récentes avant de trancher.
Et c’est précisément la principale leçon de la situation actuelle : une banque centrale ne décide pas de sa politique monétaire en regardant uniquement l’inflation du mois précédent.
Elle regarde vers l’avenir.
Inflation future, pétrole, croissance, crédit, commerce extérieur, taux internationaux et risques géopolitiques entrent tous dans l’équation.
La baisse des prix de juillet constitue donc une bonne nouvelle pour les ménages.
Mais pour Bank Al-Maghrib, -0,6 % n’est qu’une donnée parmi plusieurs.
La véritable question du 22 septembre sera de savoir si cet environnement justifie déjà une nouvelle détente monétaire — ou s’il est préférable de conserver une marge de manœuvre pour les prochains mois.
Sources Officielles:
Haut-Commissariat au Plan
IPC de juillet 2026 – Haut-Commissariat au Plan
Le HCP confirme une baisse de 1 % de l’IPC sur un mois et de 0,6 % sur un an en juillet 2026.
Bank Al-Maghrib
Communiqué du Conseil de Bank Al-Maghrib du 23 juin 2026
La Banque centrale y confirme le maintien du taux directeur à 2,25 % et présente ses projections d’inflation et de croissance.
Bank Al-Maghrib – Politique monétaire
Décisions de politique monétaire de Bank Al-Maghrib
Page officielle regroupant les décisions et communiqués des Conseils de la Banque centrale.
Office des Changes
Indicateurs des échanges extérieurs à fin juillet 2026
L’Office des Changes fait état d’une hausse de 26,5 % du déficit commercial sur les sept premiers mois de 2026.